Ben Shapiro – le conservateur américain qui monte

Animateur du podcast The Ben Shapiro Show et co-fondateur du site d’information The Daily Wire, Ben Shapiro est l’un des journalistes conservateurs les plus influents du moment. Portrait de la figure de proue de la jeune garde républicaine.

Les débuts

Ben Shapiro est un surdoué à qui tout semble sourire. Issu d’une famille juive californienne, il grandit à Los Angeles avec ses deux sœurs. Sa mère est productrice de télé, son père, compositeur, travaille à la maison et élève ses enfants.

Shapiro entre à l’université de Californie à Los Angeles à l’âge de seize ans et se fait vite remarquer pour sa plume. Il écrit pour le journal de l’université et choisit un angle qui, déjà à l’époque, semble scandaleux à ses jeunes collègues : plutôt que de donner son opinion sur le moindre fait politique, il rapporte les faits. Les faits ? Inacceptable.

Ses articles ayant un certain retentissement sur le campus, il décide un jour de les envoyer a un groupe de presse. Surprise : il est retenu. A dix-sept ans, ses articles vont paraître dans tout le pays. A vingt-et-un ans, il a déjà publié deux livres. Le premier, Brainwashed est sous-titré : « comment les universités endoctrinent la jeunesse américaine ». Ambiance.

Après avoir obtenu un Bachelor en sciences politiques, Shapiro entre à l’école de droit de Harvard, l’école de formation des avocats la plus prestigieuse du pays (il aura d’ailleurs Alan Dershowitz comme professeur, ainsi qu’Elizabeth Warren, à une époque où, selon lui, elle était beaucoup plus modérée).

Ses études terminées, il travaille pendant un an dans une firme, et fonde ensuite son propre cabinet, Benjamin Shapiro Legal Consulting. Mais c’est les médias qui le passionnent et il est alors embauché par Andrew Breitbart pour travailler au site qu’il vient de fonder : The Breitbart Report.

Breitbart est un franc tireur qui a très vite compris l’importance qu’allait prendre Internet dans le monde politique. Sa devise ? « La culture est en amont de la politique  ». Tout combat politique commence par un combat culturel, une idée que la gauche, depuis Gramsci, a compris et a intégré depuis longtemps dans sa stratégie de prise de pouvoir.

La gauche américaine s’est mise a ce programme a la fin des années soixante, à travers ce qu’elle a appelé la « longue marche à travers les institutions » : contrôler toutes les institutions, c’est s’assurer de son hégémonie. Breitbart voit dans Internet un moyen de renverser la table et de changer le narratif ambiant. Il conçoit son site comme un Huffington Post de droite et se spécialise dans les coups à grand spectacle. Shapiro apprend avec lui.

Shapiro acquiert son premier titre de gloire sur CNN dans l’émission de Piers Morgan sur la question des armes à feu. Shapiro avait été invité pour défendre le deuxième amendement dans un contexte agité. Piers Morgan, avait prévu de faire venir quelqu’un en fauteuil roulant blessé lors d’une fusillade, et de lui demander avec un air grave comment il pouvait soutenir la vente libre d’armes.

C’était sans compter sur la détermination de Shapiro. Ayant patiemment recherché la rhétorique de Morgan, Shapiro renverse l’accusation dès le départ : « honnêtement Piers, vous faites de l’intimidation. […] Je vous ai vu de façon répétée accuser les gens avec qui vous avez des désaccords politiques d’être mauvais, en vous tenant sur la tombe des enfants de Sandy Hooke, en disant que la personne ne se soucie pas suffisamment des enfants morts, et que si ils s’en souciaient, ils seraient d’accord avec vous sur la politique à suivre ». Piers Morgan est estomaqué : il passe le reste de l’émission à bégayer et finit par se mettre en colère. Quelques temps plus tard CNN annule son émission. (1)

Andrew Breibart meurt d’une attaque en 2012. Il n’a que quarante-trois ans mais il a influencé toute une génération. En 2016 Shapiro quitte Breitbart Report, qui, sous son niveau directeur, Steve Bannon, va prendre un tournant qu’il n’apprécie pas. Shapiro se concentre alors sur son nouveau projet, The Daily Wire, un site d’informations en ligne, et développe sa propre émission : The Ben Shapiro Show, diffusé a la fois sur YouTube et sous forme de podcast.

Le succès est immédiat. Shapiro est incisif, drôle et ne s’excuse pas de ses valeurs. Il est conservateur, républicain et juif orthodoxe, et il ne transige sur aucun des trois. A une époque où la culture du politiquement correct de la gauche verrouille tout discours, son ton est d’une fraîcheur sans égal.

Le public ne s’y trompe pas et vient écouter tous les jours de la semaine son débit rapide comme une mitraillette. Son mélange d’analyses sérieuses de l’information et de références à la culture pop fait mouche. Son point fort ? Une analyse froide des faits, et l’application implacable des principes conservateurs qu’il tient pour sa boussole. Shapiro n’est pas un émotif, et il procède à son raisonnement en expliquant chaque point de façon simple et logique, quitte à aller contre les humeurs de son camp : les auditeurs en redemandent.

Parallèlement, Shapiro a une activité de conférencier qui le fait traverser le pays dans tous les sens. C’est l’occasion pour lui de parler de tout un tas de sujet au cœur de la guerre culturelle à l’œuvre aux USA. Liberté d’expression, vente d’armes à feu, avortement, il n’évite aucun sujet qui fâche.

Mais c’est aussi l’occasion de mesurer les passions qu’il déchaîne dans le camp d’en face, qui a fait de Shapiro sa bête noire favorite.

En 2017, lorsqu’il se rend à Stanford, l’extrême gauche promet le chaos : l’université se trouve contrainte de dépenser 500 000 dollars en sécurité. Le même scénario se répète dans d’autres universités les semaines suivantes.

A chaque fois Shapiro donne sa conférence, et parle avec la même franchise. Son credo ? Voilà ce que je pense, debattons-en. A chaque fois, il dit la même chose au moment des questions réponse : « si vous n’êtes pas d’accord avec moi, vous passez en premier ». Avec lui, la liberté d’expression ne s’use pas.

Le succès de Shapiro continue : son émission passe désormais à la radio, et a été prolongée de deux heures supplémentaires. Le public grandit (le slogan de son émission est depuis plusieurs années « le podcast conservateur qui se développe le plus vite dans le pays ») et son site connait une nouvelle phase de développement. The Daily Wire ambitionne désormais de jouer dans la cours des grands et de devenir une alternative aux réseaux d’informations type CNN ou Fox News.

Preuve de son succès ? Sa phrase fétiche (facts don’t care about your feelings, les faits se moquent de vos émotions) est devenu un meme repris un peu partout sur Internet. A notre époque, ça vaut tous les prix Pulitzer.

(1) Piers Morgan n’en tiendra pas tant rigueur que ça à Shapiro, et acceptera même d’être son invité dans l’une des émissions spéciales du dimanche, où ils reviennent longuement sur l’histoire.

Image : Gage Skidmore, CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons

Publié par Olivier F. Delasalle

Ecrivain. Cosmopolite enraciné. Gascon hébraïsant.

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